Le vignoble Corse sur le chemin du développement durable

16 octobre 2009

Avec 3 000 hectares cultivés, la Corse possède un vignoble historique dont la “domestication” remonte à l’antiquité. Un vignoble très emblématique, car la Corse a une viticulture très typée, fondée sur une grande diversité climatique et des terroirs singuliers : des sols granitiques au sud et à l’ouest, schisteux au nord (Cap Corse), calcaires au nord-est et argileux sur la cote orientale. Sur ces sols pauvres, favorables à la croissance de la la vigne, sont plantés des cépages autochtones, en rouge les Niellucciu et Sciacarellu et le Vermentinu et le Muscat petit grain en blanc.

Abandonnant une surproduction chronique dans les années 70, les “jeunes vignerons” Corses ont limité leurs plantations aux sols les plus adaptés, maîtrisé les rendements, investi dans les matériels les plus modernes pour leurs vinifications..

Résultat spectaculaire : dans les 3 couleurs, les vins de l’Ile de Beauté sont fréquemment primés dans les dégustations de vins de la Méditerranée.

Les vignerons Corses restent cependant confrontés à 2 défis : faire connaître leurs vins au-delà du marché touristique local qui, hélas, consomme la quasi intégralité de la production et labelliser leur travail en bio ou biodynamie. Peu de vignerons s’y sont formellement engagés et pourtant tous les grands domaines travaillent sur des terres “propres” et avec des pratiques qui s’apparentent à celles pratiquées en bio.

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Entretien avec Muriel Giudicelli, présidente de l’UVA corse

Muriel Giudicelli est une des toutes meilleures vigneronnes de l’Ile de Beauté. Installée à Poggio d’Oleta dans le golfe de St-Florent, elle préside depuis 2009 “l’UVA Corse”, association de 32 vignerons créée en 1976  pour promouvoir une viticulture de qualité fondée sur le refus de la chaptalisation, le choix de rendements maîtrisés et l’emploi des grands cépages autochtones, le Vermentinu, le Sciaccarellu et le Niellucciu.

La viticulture bio en Corse connaît-elle un développement significatif ?

Etant moi-même en bio, c’est une perspective que je souhaite de tous mes vœux. En Corse, elle est possible car nous exploitons de petits domaines, en moyenne de 10 hectares. En fait, nous ne sommes pas dans l’urgence car nous respectons et protégeons nos terres qui sont “vivantes” et nos récoltes sont saines. Ensuite nous devrons sans doute en passer par une labellisation pour confirmer notre travail. C’est pourquoi l’UVA Corse organise une visite des vignobles bio sur le continent pour avoir des réponses techniques précises.

S’agissant de la Biodynamie, elle reste pour de nombreux vignerons insulaires un peu “philosophique” et regardée avec scepticisme. Mais nous sommes très pragmatiques : nous étudions avec attention ce qui marche chez nos voisins et nous travaillons déjà sur les cycles lunaires, par exemple pour débuter les vendanges.

En 11 années d’existence de votre domaine, avez vous subi des évolutions liées au changement climatique ?

A part l’arrivée du Mildiou il y a deux ans, je n’ai pas constaté de grosses différences : nous n’avons certes pas évité la canicule de 2003 et avons subi en 2005 des pluies importantes. En fait, nous sommes dans l’AOC Patrimonio dans une situation favorable, tant au niveau du climat -l’effet marin et l’effet “Conca” qui retient la pluie- que de l’enracinement de notre vigne qui est profond, sur des racines pivotantes. Aussi les vignerons de l’appellation n’irriguent pas leurs terres.

Au quotidien comment vivez-vous le Développement Durable ?

Tout d’abord, Le Développement Durable, c’est pour moi l’exigence du travail naturel des sols, sans pesticides et sans désherbants. C’est aussi le travail manuel : on pioche au moins deux mois dans l’année, au printemps et après le débourrement. Ensuite pour vinifier mes vins, je n’emploie que des levures indigènes.  Comme tous les vignerons Corses, je mets en œuvre une vinification moderne, mais qui sait garder raison en restant traditionnelle. Enfin en 2009, j’ai développé un nouveau packaging respectueux du bilan carbone : mes bouteilles seront allégées et les cartons issus du recyclage.

Votre dégustation la plus mémorable ?

Pour les 70 ans de mon père un Pétrus 82, une véritable merveille.

Deux images du plus haut vignoble de France

14 octobre 2009
 
Sous le chemin qui serpente, des ceps de vigne

Sous le chemin qui serpente, des ceps de vigne

 Ces images pour illustrer la disparition progressive du plus haut vignoble national, sur le versant du soleil entre Aime et Bourg-St-Maurice, que vous pouvez encore apercevoir dans la vallée de haute tarentaise qui mène aux stations de ski de Tignes ou Val d’Isère. Quelques valeureux vignerons cultivent encore des petites parcelles sur de fortes pentes, plantées souvent de clones pour un murissement optimal. Un vin local qui dépasse rarement les 10°, dont la vinification est plus qu’artisanale,  mais qui fait la joie de ces vignerons paysans.

Et pourtant, ils se font rares ceux qui conservent la tradition et chaque année, au décès de l’un ou au départ en maison de retraite de l’autre, les vignes ne sont plus cultivées et les parcelles retournent en friche.

 

Un ou deux années après l'abandon du travail de la vigne

Un ou deux années après l'abandon du travail de la vigne

Mais ne désespérons pas : depuis quelques années un groupe de passionnés veut remettre en culture ces terrains, qui seraient propices au développement de l’Altesse, cépage Savoyard utilisé pour vinifier l’incomparable Roussette. Nous leur souhaitons de poursuivre avec réussite ce projet. Ce serait un bel exemple pour tous les vignobles en voie de dispartion de nos vallées de montagne.

 

En Savoie, comme l’a démontré Michel Grisard avec le renouveau du vignoble de Cevins (le domaine des ardoisières fera l’objet d’un reportage tout bientôt), ni le courage ni les idées hautes ne manquent. A suivre…

Carnet de dégustation de vins à bulles en biodynamie.

14 octobre 2009

La dégustation de vins à bulles bio organisée par Toogezer le 17 juin, démontre qu‘au-delà du Champagne, qui est reste l’expression la plus aboutie d’une vinification en «méthode champenoise » encore nommée « traditionnelle » hors la Champagne, les régions viticoles de France produisent des cuvées effervescentes d’exception.

Dans la plupart des grands terroirs, des vignerons vinifient selon les appellations des Crémants, des Clairettes, des Blanquettes ou tout simplement des vins pétillants ou mousseux qui reflètent le caractère du sol et du climat.

Nous avons fait de choix de présenter les vins de 5 producteurs, qui travaillent tous en biodynamie, c’est à dire selon une démarche respectueuse des principes de l’agriculture biologique (absence de désherbants et d’engrais, rendement limités, sans ajouts de produits œnologiques) et qui intègre, en outre, une dimension « thérapeutique » de la vigne en utilisant des préparations naturelles et en prenant en compte les influences cosmiques (phases de lune…). Voire le site : http://www.bio-dynamie.org

 

Jean-Luc Etievent et Arnaud Daphy

 

Crémant d’Alsace 2004. Audrey et Christian Binner

 

Le Crémant d’Alsace vous connaissez ? C’est après le Champagne la deuxième production de vin mousseux de France. Pourtant, parmi les grands vignerons Alsaciens, peu se consacrent à la fabrication de ce vin pétillant, qui représente 20% de la production viticole régionale, notamment issue des grandes caves coopératives.

 

Quelques tous bons vignerons continuent à élaborer ce vin selon une méthode traditionnelle importée de la Champagne au début du 19ème siècle. Ainsi, sur les grands terroirs de la poche de Colmar, Audrey et Christian Binner, propriétaires d’un vignoble de 9ha à taille humaine, assemblent pour leur Crémant les trois cépages Riesling, Pinot gris et Auxerrois. Des vignes plantées sur un terroir granitique, dans le prolongement d’un terroir fameux, le « Schlossberg ».

 

Une démarche en biodynamie et un travail de la vigne rigoureux, comme souvent en Alsace, produisent des vins d’une rare élégance. Ce  crémant 2004 nous offre d’envoutants arômes de loukoum et de guimauve. La bouche, très intense, complète cette palette par des arômes de spiritueux bruns. Un conseil : visitez le site de la famille Binner : il illustre parfaitement la démarche qualité du vignoble et le courage de ces vignerons, qui tel des alpinistes, tutoient des pentes qui dépassent parfois les 65%.

 

Audrey et Christian Binner –rue des Romains – 68770 Ammerschwihr- 03 89 78 23 20-

www.alsace-binner.com
Crémant d’Alsace : 12 euros

 

Ayze 2005 Mont Blanc. Dominique Belluard

 

Les vins de Savoie sont à boire sur les pistes… Voilà qui va vous convaincre de référencer dans votre cave parisienne les vins de Dominique Belluard, qui exploite 13 hectares de vignoble de l’appellation Ayze. Une appellation confidentielle qui produit le meilleur vin pétillant des deux Savoie, dont vous pouvez admirer les vignes au loin sur les pentes de la route qui relie Genève à Chamonix.

 

En biodynamie depuis 2001, Dominique Belluard et son père sont les derniers grands vignerons de ce terroir, qui, hélas, a bien du mal à résister à la pression foncière de l’agglomération Genevoise. A partir du Gringet, « le » cépage local apparenté au Savagnin et au Traminer Jurassiens voisins, le domaine qui représente à lui seul plus de 50% de l’appellation, produit en méthode traditionnelle (champenoise…) sur ses meilleures parcelles, une tête de cuvée nommée « Mont Blanc ». 

 

Ce « mousseux » se caractérise par un nez de zest de citron vert et de pomme Granny Smith. Son acidité prononcée se combine à une amertume désaltérante pour nous offrir un vin minéral et long en bouche. A noter la production confidentielle d’un vin blanc en Gringet sur la parcelle « le feu »  constitué d’argiles sur des oxydes de fer : une merveille !

 

Dominique Belluard

Les Chenevaz. 74130 Ayze -04 50 97 05 63-

Ayze Mont-Blanc : 16 euros

 

Vouvray la Dilettante. Catherine et Pierre Breton

 

Dans le grand mouvement viticole bio qui bouscule pour le meilleur les vins de Loire, Catherine et Pierre Breton, sont reconnus pour l’excellence de leur production en vins rouges de Bourgueil et de Chinon. Depuis quelques années à partir d’une vigne familiale en Vouvray, plantée du grand cépage blanc de la Loire, le Chenin, ils vinifient une cuvée en bulles en méthode traditionnelle.

 

Ce vin, la « dilettante » peut en remontrer à bien des Champenois, tant le nez est franc, complexe et la texture fine, longue en bouche, sur des fruits verts, et doté d’une franche vivacité.

 

Domaine Breton - Les Galichets 8 rue du Peu Muleau 37140 Restigné - 02 47 97 30 41-

www.domainebreton.net

La Dilettante : 10 euros.

 

Bourgogne aligoté : Chut Derain. Catherine et Dominique Derain

 

Voilà un vigneron qui aime la vie : comme le souligne Catherine Derain « le jeu de mot “chut derain” est un clin d’oeil à la beauté féminine ». Les Derain sont à l’honneur en St-Aubin où ils excellent à travailler de vieilles vignes de 50 ans en biodynamie depuis 20 ans.

 

Chut Derain” est un 100% cépage aligoté sur des rendements faibles de 45 hl/hectare en l’appellation Bourgogne Aligoté, dont une partie de la récolte sert à élaborer ce mousseux  “méthode traditionnelle”, de la façon la plus simple, dégorgé et non dosé.

A la dégustation il fait apparaître un beau nez de poire Williams, légèrement anisé. Arômes que l’on retrouve de façon persistante en bouche. 

 

L’aligoté en blanc, comme le gamay en rouge, sont deux cépages mal aimés de la Bourgogne qui tire ses grandes bouteilles du Chardonnay et du Pinot noir. Les productions de Dominique Derain sont la démonstration que la grandeur d’un vin, c’est la rencontre d’un terroir et de l’homme qui le travaille. Pour peu qu’il soit inspiré et qu’il ait du talent … on en redemande !

 

Catherine et Dominique Derain - L’ancienne cure - 21190 Saint-Aubin -03 80 21 35 49-

www.domainederain.com

Chut Derain : 15 euros

 

Champagne Cuvée Réserve Extra-Brut. Franck Pascal

 

Franck Pascal fait partie de ces trop rares vignerons de Champagne à prendre vraiment soin de leurs vignes : après avoir éradiqué toute molécule de synthèse de ses vignes, il s’est converti à la Biodynamie depuis 2002. Il teste maintenant l’homéopathie, les dynamisations de plantes, les huiles essentielles et d’autres techniques énergétiques telles que la biogéologie, approches dont il a conscience qu’on pourrait les qualifier « d’ésotériques ».

 

 

Cette Cuvée de Réserve Extra-Brut est composée très majoritairement de Pinot Meunier, assemblée à du Chardonnay (15%) et un soupçon de Pinot Noir (5%).

 

Très peu dosée (à peine cinq grammes de sucre par litre, contre 10 à 15 dans la plupart des Bruts), ce vin nous démontre que la qualité et la maturité du raisin remplacent agréablement le sucre pour apporter de la rondeur et du volume.

 

Champagne Franck PASCAL - 1 bis rue V. Régnier - 51700 BASLIEUX-sous-CHATILLON - franck.pascal@wanadoo.fr - Tel : 03 26 51 89 80 - http://blogfranckpascal.over-blog.com/

Cuvée de Réserve Extra-Brut : 22 €

Une introduction à la philosophie de la dégustation.

13 octobre 2009

“Petit ou grand, un bon vin a la gueule de l’endroit où il est né et les tripes du bonhomme qui l’a fait.”  Jacques Puisais.

 

Voilà de quoi poser le cadre du débat que je vous propose dans le blog vin de Toogezer. Un blog certes consacré au bio et à ses « avatars » car la viticulture, activité agricole noble et emblématique est confrontée aujourd’hui à son rapport à la terre et à son objet premier : produire des vins à la satisfaction de ses consommateurs. Mais au-delà du bio, je souhaite aussi promouvoir plus généralement les vignerons, femmes et hommes qui s’engagent dans une démarche « raisonnée » et qui ne peuvent, souvent pour des raisons économiques, prendre le risque d’un passage en bio, mais qui en perçoivent l’intérêt et qui, fondamentalement, sont respectueux de leurs terroirs.

 

Avec mes amis François Briclot et Arnaud Daphy avec lesquels j’apprends à écouter le vignoble et à former mon palais, nous allons ainsi explorer des sujets transverses : un reportage sur l’appellation Baux de Provence, qui est à ce jour le première à viser un label bio, une enquête auprès de vignerons de toutes régions sur les impacts du changement climatique, où bien plus simplement des images du plus haut vignoble de France, en voie de disparition, dans le canton d’Aime en Tarentaise.

 

Avec Toogezer, nous allons aussi vous proposer de « trinquer »: c’est ainsi que nous avons organisé deux premières dégustations sur Paris, de vins pétillants en méthode traditionnelle -Alsace, Loire, Bourgogne, Haute-Savoie et Champagne- pour démontrer la diversité et la qualité des nos vins mousseux, et réuni les vignerons de l’UVA Corse qui regroupe les meilleurs producteurs de l’Ile de Beauté. D’aucuns porteront critique de notre choix, en affirmant que ces vignerons ne sont pas tous, loin s’en faut, en bio. Mais faisons fi du cadre théorique : ce qui est remarquable et ce que nous avons voulu souligner au travers de l’interview de Muriel Giudicelli, ce sont les efforts continus de nos amis Corses pour garder leur pratiques viticoles au meilleur de la tradition, dans le respect de leurs sols et avec un amour de leur terre que personne ne saurait mettre en doute. Et puis d’année en année ces vins se bonifient et se distinguent grâce à une politique d’organisation de vente sur Paris dont les autres régions pourraient s’inspirer. Ils ont ainsi conquis la capitale.

 

Pour chacune de ces manifestations, nous produisons sur ce blog nos carnets de dégustation. Il sont le reflet de nos goûts et passions et ne prétendent qu’à donner à nos lecteurs l’envie de déguster des vins de qualité et de les mettre en lien avec les vignerons.

 

Santé à toutes et tous ! Quand le vin est bon, il est bu avec modération.